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News publiée le 16/02/2010

Science et pseudo-science à propos du diabète recommence, diffu-sciences

Science et pseudo-science à propos du diabète recommence

Quant on va trop loin dans les conclusions d’une étude, on voit des criminels partout.

On cherche depuis au moins deux siècles la cause des crimes dans la biologie des individus. L’idée de base, à ranger dans l’armoire aux préjugés, était que l’on naît criminel. La phrénologie avait prétendu que la forme du crâne avait quelque chose à voir avec la criminalité : il y avait, selon cette théorie, des formes particulières de la tête qui permettaient de reconnaître les criminels-nés, un peu comme les personnes les plus intelligentes auraient soi-disant eu la « bosse des maths ». D’autres « savants » du passé ont ensuite affirmé qu’on pouvait reconnaître ces individus néfastes à certains traits du visage : facies dur, regard typique, etc … C’était un peu l’idée selon laquelle « ce qui est dedans se voit au dehors ». Puis, les progrès de la science aidant, on s’est mis à chercher les « gènes du crime ». Mais là aussi, c’était une fausse piste, bien heureusement.

Çà recommence

Certains scientifiques remettent le couvert, les uns avec les des nuances et les autres sans la moindre finesse. On a vu en effet ces derniers jours fleurir sur internet des communiqués affirmant que les hypoglycémies du diabète de type 2 étaient responsables … de la criminalité. C’est peu flatteur pour les personnes touchées par cette maladie et on s’étonne que la criminalité ne soit pas plus forte qu’elle ne l’est, étant donné le nombre de ces personnes. Nous en côtoyons tous, chaque jour, et un simple examen de bon sens nous démontre que ces personnes, dans leur quasi-totalité, sont des citoyens fort respectables, qui remplissent de manière tout à fait normale leurs devoirs à l’égard de la société, de leur profession et de leurs proches. Et puis, si cette affirmation était vraie, nous devrions nous attendre à un avenir peu reluisant, car l’épidémie de diabète est littéralement galopante dans les pays industrialisés.

Des difficultés ? Peut-être

Du côté des plus nuancés, on entend dire que les personnes qui sont en hypoglycémie (la vraie hypoglycémie, pas l’envie de manger) ont plus de difficultés à s’auto-contrôler qu’en temps normal. Il y a sans doute quelque chose de vrai là-derrière, si l’on sait que le glucose est l’aliment énergétique principal du cerveau. On connaît depuis longtemps dans le monde médical la sensation de fatigue, la difficulté de concentration, voire l’incohérence des propos des personnes en hypoglycémie. Mais de là à dire que cela incline à la criminalité, même mineure, il y a un pas que les gens sérieux ne franchissent pas. Et ils ne le franchiront pas tant que des études médico-sociologiques sérieuses, approfondies et de grande ampleur n’auront pas prouvé ce que les autres prennent un peu vite pour une vérité acquise.

En fait d’étude, ce qu’on a pour le moment est le travail d’une équipe japonaise qui a comparé 27 personnes atteintes de diabète de type 2 et 27 personnes en bonne santé. Il faut insister sur le fait que toutes ces personnes, diabétiques ou non, avaient des performances cognitives normales. La seule différence entre les deux groupes résidait dans la moindre inhibition, chez les diabétiques, de la réponse à une situation demandant une prise de décision de type faire/ne pas faire. Mais il faut tout dire : il y avait aussi un léger retard à la décision chez les personnes obèses, ce qui pourrait avoir interféré avec les résultats. Et les auteurs de l’étude font eux-mêmes remarquer que leur recherche ne permet en aucun cas d’établir une relation de cause à effet entre diabète de type 2 et diminution de l’inhibition. On est donc à des années-lumière des « criminels – diabétiques » Ceux qui en ont tiré pareille conclusion étaient peut-être en hypoglycémie …

La rédaction
Ishizawa KT, Kumano H, Sakura H et al. Decreased response inhibition in middle-aged male patients with type 2 diabetes. BioPsychoSocial Medicine (in press)


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