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News publiée le 25/02/2015

, diffu-sciences

Obésité des jeunes femmes

Des mesures préventives ciblées sont nécessaires pour prévenir l'obésité chez les femmes en âge de procréer, conclut une grande étude de la Commission Européenne sur l'obésité maternelle.

The Developmental ORIgins of healthy and unhealthy AgeiNg (DORIAN), consortium soutenu par le 7ème programme-cadre de la Commission européenne (PC7), chargé d'examiner le rôle de l'obésité maternelle, vient de publier les résultats contrôlés d'un programme de recherche de trois ans qui a débuté en Janvier 2012. Il apparaît dans le rapport que le surpoids et l'obésité sont de gros problèmes de santé pour l'Union européenne. Plus de la moitié (53%) des adultes sont aujourd'hui en surpoids ou obèses. L'obésité, qui présente encore plus de risques pour la santé que le simple surpoids, touche actuellement un adulte sur six (17%) dans l'Union Européenne, en nette augmentation par rapport à la décennie précédente, où l'obésité ne concernait qu'un adulte sur dix, bien qu’il y ait des variations considérables entre les différents pays.

L'étude avait pour but de mieux comprendre les mécanismes de base influençant le développement des individus depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte, afin d'améliorer leur santé et leur qualité de vie. Le Consortium de DORIAN a notamment analysé l’impact de l'obésité maternelle sur le processus de vieillissement et ses effets à long terme sur les enfants. Les résultats proviennent d'une étude portant sur 13000 sujets suivis depuis leur naissance (dans les années 1930-1940) jusqu'à leur âge actuel de 60-70 ans. Dirigée par le professeur Johan Eriksson à Helsinki (Université de Helsinki et Centre de recherche Folkhälsan, Helsinki), cette importante collecte de données a montré que la probabilité de développer des maladies cardio-vasculaires et neuro-vasculaires, voire un diabète de type 2 à l'âge adulte, était supérieure chez les personnes nées de mères qui avaient conservé un surpoids à la fin de leur grossesse. Le profil métabolique, le poids corporel et le développement cardiaque des enfants sont influencés par un surpoids avant la grossesse, combiné à une prise de poids pendant la grossesse, et par le poids maternel et le contrôle glycémique à la fin de la grossesse. La prise de poids entre les grossesses successives (communément observé chez les femmes) affecte également ces données. La période de la grossesse, même la toute dernière période, est fondamentale. De gros efforts devraient être consacrés à contrôler le mode de vie pendant la grossesse et à améliorer le profil métabolique de la mère jusqu'au moment de l'accouchement.

Une équipe dirigée par les professeurs Rebecca Reynolds et Megan Holmes de l'Université d'Edimbourg, Royaume-Uni, a constaté que les femmes souffrant d'obésité ont un régime alimentaire plus riche en graisses saturées et plus pauvre en micronutriments (vitamines, minéraux) pendant leur grossesse que les femmes minces. En outre, les chercheurs ont constaté que le placenta des mères ayant une alimentation riche en graisses protégeait moins bien le fœtus contre les variations du taux de cortisol qui est l'hormone du stress. En conséquence, la croissance du fœtus est ralentie et ces enfants sont plus susceptibles de souffrir de troubles de l'humeur à l'âge adulte. Pour les femmes enceintes, les deux messages les plus importants à tirer de ces résultats, sont qu'il faut absolument avoir une alimentation et un mode de vie sains pendant la grossesse et que si la mère souffre d'un syndrome anxio-dépressif, elle doit suivre un traitement pour améliorer ces symptômes.

Il est important de souligner que tout ce qui entoure le contenu utérin en cours de grossesse, et spécialement l'alimentation de la mère, peut interagir au niveau de l'ADN de l'enfant pendant son développement et peut entrainer des modifications susceptibles d’altérer le fonctionnement des gènes. Tous les individus portent des modifications génétiques qui influencent leur santé au cours de leur existence. L'équipe du Dr Paulino Gómez-Puertas de Biomol-informatique à Madrid, en Espagne, a mis en évidence un certain nombre de différences entre les enfants nés de mères obèses et les enfants nés de mères minces.

D'autres résultats capitaux de cette étude sont liés aux «télomères», sorte de capuchons protecteurs situés à l'extrémité de nos chromosomes. Des télomères longs protègent mieux l’ADN afin qu'il soit plus en mesure de fonctionner et de se réparer, alors que des télomères plus courts sont évocateurs de maladie et d'une durée de vie raccourcie. L'équipe de DORIAN a constaté que le surpoids et l'obésité maternelle, combinés à une prise de poids élevée durant la grossesse, sont associés à un raccourcissement de la longueur des télomères chez les descendants. Toutefois, même si une femme enceinte est née avec des télomères courts et un IMC (indice de masse corporelle) élevé, elle peut encore renverser la situation et engendrer une descendance saine. Si elle se trouve dans cette situation, elle doit essayer d'éviter de prendre du poids, mais aussi avoir une activité physique, parce que cela peut améliorer le métabolisme du glucose et rallonger les télomères. La collaboration entre Dr Guzzardi, le professeur Johan Eriksson (Université d'Helsinki et Centre de recherche Folkhälsan, Helsinki) et le professeur Pirjo Nuutila de l'Université de Turku en Finlande, a permis de mettre en évidence l’effet positif que la pratique de l'exercice physique peut avoir sur la longueur des télomères, le métabolisme du glucose et la sensibilité à l'insuline, en particulier chez les femmes adultes nées de mères obèses.

Parmi les autres conclusions, figurent les résultats obtenus par le groupe du Dr Mathias Schmidt de l'Institut Max Planck à Munich, en Allemagne, qui démontre qu’un gène appelé FKBP51 et impliqué dans l'obésité maternelle, peut constituer une cible pour de nouveaux médicaments visant à traiter les troubles liés à l'obésité. On peut encore signaler une étude menée par l'équipe du Dr Francesca Cirulli à l'Istituto Superiore di Sanità à Rome qui montre que l'administration d'antioxydants pourrait être une moyen potentiel de prévenir et d'atténuer les effets nocifs de l'obésité maternelle sur la santé de la descendance.

L'étude de DORIAN a donc souligné l'importance de la prévention de l'obésité pendant la grossesse, de la prévention de l'excès de prise de poids durant la grossesse et aussi l'importance du maintien d'une alimentation saine, sans trop de matières grasses qui pourraient avoir des effets nocifs à court et long terme sur la santé de la mère et de son enfant. Dans le contexte de la relation mère-enfant, une attention particulière devrait être accordée à la prévention du surpoids et de l'obésité chez les jeunes filles, appelées à être de « futures mères ». De plus, des mesures de prévention ciblées sont indispensables pour assurer que les femmes enceintes ne prennent trop de poids pendant la grossesse et protègent leur santé physique et mentale et celle de leurs enfants.



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